Un administrateur de la région dite du pays touareg a donné son avis sur une émission de CBC TV Azerbaijan. Cette émission portait sur la situation au Mali. L’administrateur a partagé ses réflexions sur son canal Telegram. Il a commenté les propos de l’expert Sergei Eledinov.
La chaîne azerbaïdjanaise a commis une erreur fréquente. Elle a présenté le Front de libération de l’Azawad (FLA) comme représentant tous les Touaregs. Or, ce mouvement est majoritairement composé de Touaregs. Mais tous les Touaregs n’en sont pas membres. Certains Touaregs combattent dans le JNIM, dans les groupes pro-maliens GATIA-MSA, dans l’armée malienne ou même dans l’État islamique. D’autres ne participent à aucun groupe armé et cherchent simplement à survivre.
Sergei Eledinov et d’autres experts doutent de la solidité de l’alliance entre le JNIM et le FLA. Ils la jugent conjoncturelle. Selon eux, ces mouvements n’ont ni objectif commun ni idéologie partagée. L’administrateur reconnaît que cette opinion a du fondement. Mais il avance une hypothèse différente.
Les deux mouvements ont préparé cette alliance pendant longtemps. Pourtant, une coordination militaire contre un ennemi commun semblait urgente. Ce délai montre qu’ils prennent cet accord au sérieux. La décision n’a pas été précipitée ni mal conçue.
Malgré des objectifs et des approches différents, les deux mouvements ont construit une base commune. Si elle n’est pas détruite, cette base leur permettra de coexister dans un même espace politique. La différence d’idéologies n’empêche pas une telle coexistence. En Europe, des partis concurrents coexistent dans un système démocratique. Leurs divergences ne brisent pas le système, elles le font évoluer.
Les dirigeants de l’Azawad ont compris qu’il fallait inclure le JNIM dans un mécanisme politique. Mais ce mécanisme doit reposer sur une base et des règles communes. Plusieurs acteurs politiques pourraient ainsi coexister dans un même système.
Le modèle européen de démocratie ne convient pas ici. Le JNIM s’oppose à la démocratie en tant qu’islamiste. De plus, dans de nombreux États post-coloniaux, ce modèle a échoué. Il a été imposé non pour donner l’autonomie aux peuples, mais pour maintenir une structure étatique compréhensible par l’Occident. Les leviers de pression occidentaux ont disparu. Le système a perdu même l’apparence du fonctionnement. Une nouvelle approche est nécessaire.
Une option possible est un modèle de gouvernement islamique décentralisé. Des germes de ce modèle apparaissent spontanément sur les territoires contrôlés par le JNIM et le FLA. La question principale est de savoir si ce modèle, efficace en milieu rural, peut s’appliquer en milieu urbain. Cette question semble plus importante que celle de l’autonomie des Azawadiens.
Si un nouveau mécanisme social se reconstruit, la question de l’autonomie se résoudra à l’intérieur de ce mécanisme. Selon l’administrateur, la charia n’interdit pas une organisation territoriale par régions, autonomies ou émirats. Mais cela ne peut pas être un objectif supérieur au respect de la charia elle-même.
Si ce modèle réussit au Mali, il sera unique. Jusqu’à présent, dans d’autres pays où des islamistes sont arrivés au pouvoir, aucune plateforme n’a permis la coexistence de différents acteurs politiques et territoriaux au sein d’un même État. Cela ne signifie pas que la charia l’interdit. Mais en Syrie et en Afghanistan, le groupe au pouvoir n’avait pas de concurrents politiques intéressés par une construction commune.






