Adji Kabré, connue sous le nom de DJ Authentique, travaille sur un toit-terrasse du quartier Ouaga 2000. Elle manipule ses platines et son ordinateur avec une grande habileté. Depuis 2022, cette jeune femme explore un domaine rarement féminin au Burkina Faso. Slameuse, diplômée en droit et titulaire d’un master en gestion des conflits, elle a choisi de suivre sa passion. Son parcours actuel remet en question les stéréotypes de genre et de classe sociale.
Elle mène plusieurs vies de front. Le jour, elle est étudiante. Le soir, elle devient disc-jockey. Sa soutenance de master portait sur le rôle de l’art dans la construction de la paix. Cette théorie trouve une application concrète dans son travail musical. Rien ne la destinait pourtant à devenir DJ professionnelle.
Elle a débuté par le slam au lycée. Ses premières scènes et compétitions ont eu lieu en 2019. En 2020, elle s’est intéressée à l’animation par simple curiosité. Au début, elle se concentrait sur le beatmaking. En 2022, elle a acheté son propre matériel pour s’entraîner. C’est alors qu’elle a découvert une seconde passion pour la musique. Elle ne s’est jamais demandé si ce métier était réservé aux hommes. Elle l’a choisi par amour pur. Cette activité la fait se sentir vivante. Depuis deux ans, elle mixe régulièrement dans un grand bar-rooftop de Ouaga 2000. Elle se produit aussi lors d’événements culturels.
Quand la nuit tombe, elle installe son équipement. Les mélodies attirent d’abord l’attention. On aperçoit ensuite une silhouette d’environ 1,65 mètre. Elle porte un casque et garde un regard concentré. Ses doigts glissent sur les commandes des platines. Un ordinateur haut de gamme affiche les morceaux qu’elle enchaîne avec logique. Les basses envahissent l’espace sans transition. Les amoureux de la musique affluent alors. Quand elle mixe, elle semble absente, perchée sur un nuage musical. Seuls son clavier et sa platine comptent pour elle.
Elle déplore que certains considèrent ce métier comme misérable ou peu sérieux. Elle pense que cela vient de l’ignorance. S’imposer dans ce monde masculin reste difficile. Être femme DJ au Burkina Faso est une singularité. Dans l’imaginaire collectif, le DJ est souvent un homme. Les nuits, les bars et les festivals sont des espaces où les femmes sont rares derrière les platines. Beaucoup pensent que l’animation se limite à jouer de la musique. Cela nécessite en réalité un travail de recherche important. Il faut connaître les styles, comprendre le public et préparer ses sélections. Ce métier demande une concentration intense. Les gens ne voient que le moment derrière les platines. Ils ignorent les heures d’apprentissage et de préparation.
Adji Kabré a compris qu’elle devait convaincre par sa technique et sa culture musicale. Le nombre de femmes dans ce métier est faible. Les gens sont souvent surpris de voir une femme derrière une platine. Elle est venue pour travailler et parce qu’elle aime cela. Elle s’est appuyée sur des amis DJ expérimentés. Elle a appris auprès d’eux et s’est formée. Chaque opportunité lui a permis de montrer ses compétences.
« Malheureusement, les jeunes filles qui viennent vers moi, c’est peut-être juste pour l’effet de mode ou juste pour qu’on les voie mi »
Au Burkina Faso, aucune école spécialisée en DJing n’existe encore. L’apprentissage passe par l’entraide et l’expérience sur le terrain. Cette réalité complique l’entrée dans la profession. Les équipements professionnels représentent des investissements lourds. Une platine coûte cher, un ordinateur aussi, tout comme le casque. C’est l’une des principales difficultés du métier. Lorsqu’elle propose un tarif pour une prestation, certains trouvent cela excessif. Ils pensent qu’elle se contente de passer des chansons. Ils ne réalisent pas tout le travail en amont.
Sa détermination a porté ses fruits. Sa clientèle apprécie ses prestations. Son responsable, Rachid Ouédraogo, la décrit comme sérieuse et professionnelle. Il souligne les retours positifs des clients sur ses performances.






